Un simple geste et quelques mots suffisent pour que James Wright, professeur agrégé de musique à l’Université Carleton (Canada), indique à son étudiante Maureen Pytlik de ne pas monopoliser la période de questions. Tous deux avaient convenu de ce signal afin de rappeler à Mme Pytlik qu’il y a d’autres étudiants dans la salle et qu’eux aussi ont besoin de l’attention du professeur. Mme Pytlik est atteinte du syndrome d’Asperger (SA) et ne décode pas facilement les indices sociaux.

En 1944, le pédiatre autrichien Hans Asperger est le premier à décrire ce trouble neurologique comme un ensemble de caractéristiques se manifestant dans les premières années de vie, surtout chez les garçons, à l’extrémité hautement fonctionnelle du spectre autistique. Tombé dans l’oubli jusqu’aux années 1980, ce trouble est maintenant diagnostiqué assez couramment.

Comme la plupart des personnes qui ont reçu un diagnostic de SA, Mme Pytlik est très intelligente et douée pour les études. « La qualité de son travail et sa perspicacité sont tout simplement stupéfiantes« , explique M. Wright. « Par contre, cela n’a pas été facile pour elle, qui se décrit comme hypersensible et obsessive, de s’adapter à la vie universitaire« .

Des professeurs de partout au pays doivent composer avec un nombre croissant d’étudiants atteints du SA, ce qui influe sur la dynamique en classe. Reconnu pour son travail de pionnier, le Centre Paul Menton de l’Université Carleton, qui depuis plus de deux décennies aide des étudiants handicapés à réussir leurs études universitaires, a en effet vu en cinq ans le nombre d’étudiants atteints du SA passer de zéro à 50.

Le Centre a aussi pour mission de sensibiliser le personnel universitaire et la population en offrant entre autres des séminaires et des ateliers aux professeurs qui désirent savoir comment ils peuvent aider ces étudiants à réussir. Les étudiants atteints du SA ont un comportement très prévisible et fonctionnent selon des routines établies, des instructions claires et une structure externe. Cependant, ils peuvent parfois déranger la classe en livrant des commentaires sarcastiques, en posant des questions dérangeantes ou en faisant des remarques déplacées. D’un autre côté, leurs prouesses universitaires peuvent leur l’indulgence de leurs camarades de classe et des professeurs.

La difficulté qu’il a eue l’année dernière à intégrer trois étudiants atteints du SA a motivé le professeur agrégé de mathématiques Michael J. Moore de l’Université Carleton à offrir ses services au Centre Paul Menton. Cette expérience l’a amené à diriger l’été dernier un séminaire visant à expliquer à une dizaine d’étudiants atteints du SA et à des membres de leur famille à quoi ils devaient s’attendre dans une salle de classe universitaire. « Je leur ai simplement dit : voici comment je donne mes cours, voici un plan de cours, voici ce qu’est une date limite et voici comment vous devez vous comporter. »

Les professeurs savent de plus en plus comment agir avec des étudiants atteints du SA, explique Heather Fawcett, porte-parole du regroupement Autism Ontario. Les professeurs et les centres pour étudiants handicapés ne peuvent toutefois aider que les étudiants qui se déclarent atteints du SA avec preuve médicale à l’appui. Cela n’est pas le cas de tous les étudiants. Les mesures d’adaptation aux études offertes vont de la possibilité de passer les examens dans une salle individuelle et de bénéficier de plus de temps, à l’utilisation de preneurs de notes ou d’appareils d’enregistrement en classe. Comme pour les autres handicaps, les mesures d’adaptation ne signifient pas qu’on attend moins des étudiants atteints du SA ou qu’on leur fournit plus d’instructions. On leur offre en fait des chances égales.

« Je ne crois pas que notre rôle est d’adapter chaque programme à chaque étudiant« , affirme Susan Alcorn MacKay, directrice des services aux handicapés au Collège Cambrian de Sudbury, Ontario, et auteure d’une étude menée en 2010 sur les tendances et les services en matière de soutien offert aux étudiants ontariens de niveau postsecondaire atteints du SA (1). L’étude révèle une hausse marquée du nombre d’étudiants dans les universités et collèges de la province, surtout à Ottawa et dans l’est de l’Ontario. Une tendance qui s’étend à l’échelle du pays.

L’étude souligne également le manque de soutien et indique que le passage du secondaire à l’université ou au collège représente un pas de géant. Mme Pytlik reconnaît qu’elle a eu besoin d’un grand soutien. Elle désire poursuivre des études supérieures à l’Université McGill. Comme bon nombre de personnes atteintes du SA, elle a beaucoup à offrir à la société. « Ce que Mme Pytlik nous apporte compense amplement pour les défis qu’elle pose« , conclut M. Wright.

(1) Pour aller plus loin : étude de Susan Alcorn MacKay menée en 2010 sur les tendances et les services en matière de soutien offert aux étudiants ontariens de niveau postsecondaire atteints du SA

Définir les tendances actuelles et les soutiens requis pour les étudiants atteints de troubles du spectre autistique qui font la transition au palier postsecondaire / ALCORN MACKAY, Susan . – Toronto (Ontario) : Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur, 2010. – 46 p.
Ce document a deux objectifs : 1) déterminer le nombre d’étudiantes et d’étudiants atteints de troubles du spectre autistique (TSA) qui ont obtenu un diplôme d’études secondaires de l’Ontario et qui font la transition au palier postsecondaire en 2009, 2010 et 2011, et 2) procéder à une analyse des lacunes pour comparer les services offerts dans les écoles secondaires aux services offerts au palier postsecondaire à l’heure actuelle. Il est à souhaiter que les conclusions serviront à aider les établissements postsecondaires à planifier et à préparer les services et les soutiens pour les étudiantes et étudiants atteints de TSA.

par Moira Farr

Source : http://www.affairesuniversitaires.ca/Article.aspx?id=18280&LangType=1036&isPosted=1#postcomment

NB : si seulement les choses pouvaient se passer ainsi en France… gardons espoir… ce sera peut être pour bientôt !!

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