L’ocytocine, remède à l’autisme ?
Une étude française a démontré que l’administration d’ocytocine chez des patients souffrant d’autisme améliorait leur attitude vis-à-vis des autres, facilitant ainsi les relations sociales.
L’ocytocine serait-elle une solution dans le traitement de l’autisme? Sécrétée dans le cerveau par l’hypothalamus, cette « hormone de l’amour » était jusqu’à présent connu pour son rôle indispensable au moment de l’accouchement, permettant la contraction des muscles de l’utérus et l’accélération du travail. Mais, alors que ces dernières années, des études ont démontré que son administration améliorait les relations sociales et la communication entre les sujets, une équipe française s’est penchée sur la question. Angela Sirigu du Centre de neuroscience cognitive (CNRS) de Lyon, en collaboration avec le Pr. Marion Leboyer du pôle psychiatrie du CHU de Créteil, a tenu à tester l’impact de l’ocytocine – également présente chez l’homme – sur des patients autistes.
Treize personnes (onze hommes et deux femmes), âgées en moyenne de 26 ans, se sont vues administrer de l’ocytocine par voie nasale. Souffrant d’une forme d’autisme de haut niveau ou du syndrome d’Asperger (forme d’autisme), tous les individus de l’étude possédaient des capacités intellectuelles normales, voire supérieures à la moyenne, mais des difficultés majeures en termes de communication avec autrui.
Changement de comportement
Grâce à l’ocytocine, des changements d’attitudes ont été observés. L’un des tests consistait, par groupe de quatre, à se faire des passes avec une balle. Face à lui, l’autiste avait trois comportements différents : l’un de ses partenaires lui renvoyait toujours la balle, un autre jamais et le troisième la renvoyait indifféremment. Récompensé par de l’argent lorsqu’il rattrapait la balle, le patient avait tout intérêt à jouer avec la première personne. Sous ocytocine, il choisissait effectivement le partenaire le plus coopérant, chose qu’il ne faisait pas sous placebo.
Dans un deuxième test, des photos représentant des visages humains étaient montrées aux patients. Chez les autistes, la première réaction est de se concentrer sur la bouche ou sur l’extérieur de la photo. Enregistrant le déplacement de leurs yeux, les médecins ont noté, une fois l’ocytocine administrée, que les malades s’intéressaient davantage à l’ensemble du visage, en particulier les yeux.
Des études supplémentaires
« Cette étude démontre, pour la première fois, que l’ocytocine pourrait agir sur les déficiences sociales liées à l’autisme. Elle permet aux autistes de s’adapter au contexte social et d’agir en conséquence« , a déclaré le Dr. Angela Sirigu, directrice de l’unité de recherche. Cela vient en fait confirmer certaines études préliminaires. En 2007, des médecins américains étaient arrivés à la même conclusion. D’autres recherches avaient également démontré qu’il existait un déficit du taux d’ocytocine chez les personnes souffrant d’autisme.
Les prochains travaux devront se concentrer sur les conséquences de l’ocytocine sur le long terme et étudier comment l’hormone interagit sur les troubles graves de comportement rencontrés au quotidien par les autistes.
En France, environ 60.000 personnes seraient atteintes d’autisme.
SOURCE : le JDD