L’enfance fantastique et douce-amère d’un super-héros malgré lui. En un subtil mélange de suspense, d’humour et d’émotion, un roman d’apprentissage qui pointe les étoiles pour mieux nous ramener à l’essentiel.


Le 14 octobre 1968, à 10 ans, 3 mois et 4 jours, Thomas Leclerc comprend enfin pourquoi il est sur Terre : il n’est pas Thomas Leclerc, mais Tom l’Éclair plus vif que l’Éclair… Comme les super-héros, il est un étranger jeté dans un monde qui n’est pas fait pour lui. Souffrant de difficultés relationnelles et émotionnelles, cet enfant de la fin des années 60 s’invente un destin qui va lui permettre de sauver son Monde, qui évolue entre sa maison, sa résidence et la petite ville de Montigny.
C’est ainsi qu’il sort de sa chambre et de son isolement, et part défier la réalité et ses pièges pour voler au secours de ses parents qui comptent se séparer ou encore venger l’honneur de Palma, une fille de son collège qui a été assassinée et dont le meurtrier court toujours…
Digne d’un super-héros, Tom ira jusqu’au bout. Et si c’était le prix à payer pour trouver sa voie vers le Monde ?

Source : http://www.belfond.fr

Quelques questions à Paul Vacca, auteur de Comment Thomas Leclerc, 10 ans 3 mois et 4 jours, est devenu Tom l’Éclair et a sauvé le monde, paru aux éditions Belfond le 2 avril 2015. Une plongée rafraîchissante et poétique dans l’univers d’un petit garçon différent.
Dans La Petite Cloche au son grêle, la découverte de Marcel Proust bouleverse un jeune garçon. Avec Comment Thomas Leclerc, 10 ans 3 mois et 4 jours, est devenu Tom l’Éclair et a sauvé le monde, vous plongez à nouveau votre lecteur dans le quotidien d’un enfant. Pourquoi ?

Opter pour l’enfance ce n’est pas faire le choix d’un repli nostalgique ou d’un retour hypothétique vers un vert paradis… L’enfance m’intéresse plutôt en tant que perspective. Comme focale permettant de faire émerger les clairs-obscurs et les non-dits du monde des adultes. Le regard d’un enfant, à la fois innocent et exigeant, tantôt émerveillé et effrayé, ouvre toujours un large spectre sur la vie… Ses yeux décèlent souvent mieux que ceux des adultes l’absurde complexité de ce que nous appelons le réel.

En outre, cela offre aussi au lecteur adulte la possibilité de se défamiliariser avec son quotidien et d’emprunter, le temps d’un roman, un regard neuf.
En ce sens, épouser le regard de Tom m’a ouvert un champ de questionnement immense – vertigineux même – car, au début du roman, enrobé dans sa solitude et le cocon familial, Thomas découvre le monde comme une terra incognita : pourquoi sommes-nous là ? Comment fonctionne le monde ? Comment se faire des amis ? Qu’est-ce qu’aimer ?, etc. Autant de questions auxquelles je n’ai pas la prétention de répondre ! Nous, romanciers, nous pouvons juste interroger le monde… Au lecteur de trouver le chemin des réponses.

Comment est né Tom l’Éclair ?

De l’envie justement de regarder le monde sous un autre angle, celui d’un « enfant différent », dans les années 60, cette époque où l’on rêve de marcher sur la Lune… D’emprunter sa vision à la fois aiguë et poétique sur les choses et les êtres qui l’entourent pour vivre et faire vivre au lecteur une aventure intime, un suspense psychologique sous l’œil complice des super-héros de mon enfance.

Le petit Tom est vraisemblablement autiste, mais jamais, dans votre livre, le diagnostic n’est posé. Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet, d’une actualité brûlante depuis quelques années, sans le nommer, l’expliciter ?

En effet le mot « autisme » n’apparaît nulle part dans le roman. Si l’autisme reste encore trop souvent méconnu aujourd’hui du grand public – pour qu’il y ait besoin encore et toujours de sensibilisation et de pédagogie –, il faut alors imaginer ce que c’était dans les années 60 ! Donc je voulais que le lecteur soit dans la même position que les personnages, et particulièrement que Pauline, la mère de Tom : face à quelque chose d’inconnu qu’on est incapable de nommer. Bref, je ne voulais pas que la « différence » de Tom soit nommée, mais vécue.
Nommer la différence de Tom aurait été aussi l’ériger en absolu… Comme si j’avais dressé une frontière entre « normalité » et « différence ». Or cette frontière n’existe pas en tant que telle : elle est comme toute norme, une production sociale. Le monde n’est pas en noir et blanc, il possède toutes les nuances de gris – et bien plus que 50 ! – car nous possédons tous notre propre nuance…

La différence n’est pas un état en soi : c’est une affaire de regard. Le regard a la capacité de la faire naître ou de la faire disparaître…

C’est donc un roman sur la différence, alors ?

Oui, c’est exact. C’est un roman sur les différences, toutes les différences qui nous constituent tous – autistes ou pas – et qui s’érigent en frein à notre ouverture vers l’autre.
Pour être précis, Tom partage quelques traits avec le syndrome d’Asperger. Même si je me suis beaucoup documenté sur la question, le roman ne prétend pas rivaliser avec l’exhaustivité et la précision d’un documentaire ou d’un témoignage… J’ai plutôt cherché à traduire l’esprit de cette « différence » avec les moyens de la fiction. Montrer que là où certains voient de l’incommunicabilité, il y a au contraire une autre forme de communication peut-être plus riche que toutes les autres… (C’est pourquoi l’utilisation de l’adjectif « autiste » pour décrire un enfermement me révolte.)
Et que la différence de Tom n’est pas radicalement autre que celle que nous pouvons tous – Asperger ou pas – ressentir. Qui n’a pas eu au moins une fois dans sa vie des difficultés à entrer en contact avec les autres ? En parlant de Tom je souhaite parler à la différence intime que chacun de nous possède en soi.

C’est grâce aux super-héros que Tom trouve sa voie et sort de sa solitude. Pourquoi ?

Lorsqu’il ouvre son premier comic book, Tom ressent aussitôt une forte affinité avec les super-héros : ce même sentiment d’inadaptation au monde qui en fait des êtres différents… N’est-il pas comme eux un être jeté dans un univers qui ne semble pas fait pour lui ?
Dès lors il tient l’explication de sa différence et une nouvelle grille de lecture pour partir à la conquête du monde qui l’entoure. Puisqu’il n’est pas Thomas Leclerc mais Tom l’Éclair, alors sa vie sera faite de missions. Et de mission en mission, il va sauver sa famille, sa résidence, son collège son village…
Une grille de lecture bien simpliste et Tom lui-même semble ne pas en être dupe. Mais c’est bien elle qui le pousse vers l’extérieur. Agissant comme un catalyseur, elle le contraint à agir. Une évasion hors de sa solitude vécue comme une aventure, une découverte du monde des adultes avec ses paradoxes et ses trompe-l’œil comme autant de pièges que Tom va savamment déchiffrer et éviter.

Et vous-même, l’univers des super-héros vous fascine-t-il ?

Oui comme la moitié des habitants de la planète ! Un univers fascinant, foisonnant, vivant, coloré… Superman, Batman, Spiderman, les 4 Fantastiques ou le Surfer d’Argent sont les héros de notre mythologie.
Mais, attention, derrière les couleurs criardes, les tenues extravagantes, les onomatopées et les enjeux galactiques, les comic books cachent une certaine forme de mélancolie. Celle d’un monde qui reste figé dans un éternel recommencement, où finalement tout bouge mais rien ne change… J’ai voulu que l’on ressente cette ambivalence dans le roman à la fois dans l’atmosphère, dans le style ou même dans le rythme : de courtes séquences narratives qui se succèdent et se répondent, teintées d’une sourde mélancolie.

Votre récit est ancré dans les années 60, Tom et sa famille habitent une banlieue pavillonnaire. Pour quelles raisons avez-vous choisi ce contexte ?

Les années 60, c’est aussi une période qui m’intéresse pour sa forte ambivalence : période bénie des Trente Glorieuses où tout semble possible, la science toute-puissante, la consommation libératrice, le bonheur, et du travail pour chacun, les Beatles, l’homme sur la Lune…
Et, pourtant, derrière ce que nous savons être un mirage aujourd’hui, il y a les failles intimes et tues, les prémices de l’aliénation par la consommation, le carcan social pour les femmes, le divorce vécu non seulement comme un drame intime, mais aussi comme un stigmate…
C’est également une période qui vit le rêve américain par procuration, comme la famille de Tom, qui est construite sur ce modèle : la résidence pavillonnaire, les ambitions de self-made-man du père, la fascination de la publicité pour la mère, et évidemment les super-héros pour Tom.
Cette époque porte déjà en germe toutes nos névroses actuelles. À la différence près qu’elle n’a pas encore trouvé les mots pour nommer ses maux. Face à l’innocence de Tom par rapport au monde, il y a aussi celle des adultes qui ne savent pas vers quoi ils se dirigent. J’ai souhaité que le roman soit traversé par une ironie dramatique où le lecteur d’aujourd’hui soit en mesure de voir et d’anticiper ce qui reste invisible ou mystérieux aux yeux des personnages du roman.

Tom l’Éclair a des allures de conte contemporain. Si vous deviez en résumer la morale en une phrase, quelle serait-elle ?

Ce serait que la différence est une force. C’est grâce à elle que Tom s’ouvre aux autres et que les personnages autour de lui – et grâce à lui – pourront aller au bout d’eux-mêmes et trouver leur voie… Chaque différence doit être saisie comme une chance, non comme un motif d’exclusion. Un message un peu consensuel, me dira-t-on. Un feel-good book ? J’assume ! Ce n’est pas si courant, ces temps-ci… Certains libraires m’ont même dit qu’ils comptaient ranger Tom l’Éclair au rayon « Bien-être ». Cela me comble… de bien-être !

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