Un traitement hormonal pourra-t-il un jour permettre d’améliorer les capacités d’interactions sociales des autistes? C’est en tout cas l’espoir soulevé par les travaux du Dr Angela Sirigu, la lauréate 2012 du Prix Marcel Dassault pour la recherche sur les maladies mentales remis jeudi 18 novembre.

L’autisme est un trouble neuro-développemental qui peut être abordé sous de nombreux angles : génétique, apprentissage, environnement, mais Angela Sirigu, docteur en médecine et en psychologie, a choisi, d’œuvrer dans le champ de la neuropsychologie et des neurosciences cognitives. Il faut savoir qu’il y a plusieurs formes d’autisme différentes. Depuis quelques années, cette maladie, longtemps considérée – à tort – comme liée à une interaction pathologique avec une mère défaillante, est due en réalité à des

anomalies du développement cérébral, avec une composante génétique forte.

Le travail qui lui vaut aujourd’hui d’être élue «chercheur de l’année» par un jury international a été publié en 2010 dans les Actes de l’Académie des sciences américaine (PNAS) (1). Avec le Dr Elissar Alessandri et ses collègues du CNRS et de l’Inserm, Angela Sirigu a ouvert une nouvelle piste de recherche qui pourrait ajouter une arme au traitement de l’autisme.

Utilisée lors de l’accouchement

Cette arme a un avantage : elle existe déjà. Elle est même commercialisée, puisqu’il s’agit de l’ocytocine, une hormone parfois administrée au moment de l’accouchement pour faciliter les contractions utérines. En revanche, elle n’existe en France qu’en perfusion intraveineuse et les chercheurs ont dû s’approvisionner à l’étranger pour réaliser leur étude avec une forme de spray intranasal.

L’équipe du Dr Sirigu a donc observé les performances de 13 adultes autistes atteints du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme de haut niveau dans laquelle les fonctions intellectuelles et le langage sont préservés) dans des relations sociales expérimentales après la prise d’ocytocine, une hormone qui est impliquée dans l’attachement maternel et les premières socialisations. «Mon hypothèse, détaille le Dr Sirigu, est que ces patients disposent de compétences sociales latentes qui ne s’expriment pas car la peur et le stress généré par l’interaction sociale font obstacle.

L’ocytocine pourrait faire tomber ces barrières et renforcer le sens du contact social.»

C’est ce qui s’est produit lors des expériences menées. La première se fondait sur une observation déjà ancienne : dans le syndrome d’Asperger, les autistes ont tendance à fuir le regard de leur interlocuteur. «Lorsque l’on regarde un visage, on se concentre sur les yeux de son interlocuteur, explique la chercheuse, mais les autistes se concentrent sur la bouche et ne regardent pas les yeux.» Grâce à un capteur fixé à un ordinateur sur lequel on fait défiler des images de visage, on peut suivre le regard du patient.

«Le plus étonnant, raconte le Dr Sirigu, c’est que l’ocytocine a été capable de réorienter le regard vers la région des yeux


Une heure et demi d’action

Il restait un test supplémentaire à réaliser. «Regarder les autres ne signifie pas que l’on sait comment se comporter avec eux ou quelles sont leurs intentions», glisse Angela Sirigu. Chose faite avec un petit jeu de ballon avec trois partenaires ayant des rôles secrets différents (bon, neutre, méchant). Sans ocytocine, les patients ne parviennent pas à identifier celui qui est leur ami. Par contre, grâce à l’ocytocine, la chose devient possible.

Est-ce le traitement miracle? Il est bien trop tôt pour le dire. D’abord parce qu’il ne s’agit que de 13 patients, ensuite parce que les signes de la maladie sont très hétérogènes et qu’il est toujours hasardeux d’extrapoler à tous des résultats obtenus avec un profil de patient particulier. Mais le plus gros obstacle vient de la nature même de l’hormone. En effet, l’ocytocine n’agit qu’une heure et demie et pas au-delà.

L’Institut de recherche pour l’autisme qui vient de s’ouvrir à Lyon avec à sa tête le Dr Sirigu va désormais s’attacher à explorer l’action de l’ocytocine sur le cerveau, mais aussi traquer les modifications neuronales dans le temps.

Le prix Marcel-Dassault pour la recherche en psychiatrie

Une personne sur cinq souffre ou a souffert d’une maladie mentale en France. Malgré une telle fréquence, les moyens financiers attribués à la recherche restent très insuffisants. La Fondation FondaMentale (2) et le groupe Dassault (propriétaire du Figaro) ont uni leurs forces pour trois ans, afin d’accélérer la recherche en psychiatrie. Lancé cette année, le prix Marcel-Dassaul (3) pour la recherche sur les maladies mentales distingue le chercheur de l’année (15.000 euros) et, d’autre part, finance un projet de recherche innovant en psychiatrie (135.000 euros). «Le groupe Dassault mène depuis de nombreuses années une politique de mécénat et développe une démarche citoyenne, a déclaré la Pr Marion Leboyer, présidente de FondaMentale. L’engagement du groupe s’inscrit dans la continuité d’autres initiatives menées à titre personnel par le président, telle que la Fondation Serge Dassault pour adultes en situation de handicap mental.»

(1) « L’ocytocine, remède à l’autisme ? » – article du 17 février 2010 : http://autisme.info31.free.fr/?p=211

« Une hormone améliore les contacts sociaux d’autistes » – article du 16 février 2010 : http://autisme.info31.free.fr/?p=219

(2) La Fondation FondaMental, dirigée par le professeur Marion Leboyer (université de Créteil), a mis en place des programmes de recherche et de prise en charge de l’enfant autiste basés sur les voies ouvertes par la neurobiologie : http://www.fondation-fondamental.org/

(3) Prix Michel Dassault : http://www.fondation-fondamental.org/page_dyn.php?lang=FR&page_id=MDAwMDAwMDE5Ng==

Sources :

http://www.auxfrontieresdelascience.com/sujet-2945,autisme-la-piste-prometteuse-de-l-ocytocine

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